Doux et d'ici - La naissance d'une collection

Aujourd’hui, nous vous emmenons dans les secrets de la création pour répondre à cette question : comment naissent les collections ?

Deux fois par an, l’ensemble des chaussettes, des pulls et des accessoires sont regardés à la loupe. Qu’est-ce que je garde ? Qu’est-ce que je créé ?

Pour se décider, chacun a sa manière de procéder. Ecouter ses clients. Sentir l’air du temps. Se fier à son instinct.

C’est un processus délicat , à la frontière entre la création, l’analyse et l’audace.



C’est Myriam Joly, la fondatrice de l’atelier Missegle, qui nous en parle. Avant même d’imaginer un vêtement, elle pense matière : « Mon fil conducteur, c’est la matière. Ce qui m’intéresse c’est de trouver pour chaque matière naturelle la meilleure valorisation.

Ensuite, on part de l’existant, l’analyse des saisons précédentes, de toutes les remontées de nos clients. C’est pour ça que nous sommes présents sur les salons, pour écouter les clients. On est là à leur service, pour faire des choses dont ils ont envie et dont ils ont besoin ! On est à cheval entre l’utilitaire et l’esthétique et il faut garder cela en perspective : nous devons à nos clients à la fois le confort et à la fois l’élégance. »



Là où se trouve peut-être le secret, l’instinct presque du fabricant, c’est dans sa capacité à sentir l’air du temps : « Une composante importante, c’est l’air du temps. Voir ce qui va sortir, observer les concurrents, les marques…Et puis il y a aussi le petit grain de folie, « j’en ai envie parce que j’y crois ». C’est rare de tomber pile sur le truc ! Mais, je dois dire que par exemple, le yack – mohair - soie est une matière dont j’ai eu envie, qui n’existe que chez Missegle, et qui s’est révélée un grand succès. Parce qu’elle est solide, chaude, légère…

De la même façon, le mohair et soie, qui est un mélange que j’ai fait il y a 20 ans, est une base des collections Missegle. Encore une fois, c’est la matière qui m’intéresse en premier. Un autre point, c’est la couleur. On a la chance de travailler avec du mohair qui est une matière très brillante, qui réverbère les couleurs. Toutes les fibres naturelles ont des écailles sur leur surface, et le mohair en a 10 fois moins que les autres, donc c’est une matière plus lisse qui réverbère plus la lumière. C’est aussi pour cela qu’elle est plus difficile à travailler. Mais elle chante les couleurs et c un régal de travailler les gammes de couleur.

On est tous baigné dans une…pas la mode, on n’est pas des modeux, on n’est pas à la pointe, mais on est baigné dans une ambiance qui fait qu’à un moment, on a envie de violet, d’autre chose…Cette année, on a eu envie d’un vert amande on l’a fait…et on en voit partout…pourtant personne n’a copié. C’est magique ! »



Pas de miracle ici, pas de génie qui pose seul sur le papier son idée, mais un travail d’équipe, collaboratif, où chacun apporte son expertise et sa vision : « effectivement à un moment il faut trancher et c’est moi qui décide à la fin. Mais c’est un travail ou chacun exprime son point de vue. Régulièrement on fait voter l’atelier, où chacun donne son avis sur tel ou tel point. Une chose est vraie, c’est que quand je me rase le matin je ne pense pas à faire des collections ! (rires) Cela n’a jamais été mon rêve, mon idée. Moi ce qui m’intéresse vraiment, c’est faire avancer une équipe. Donc ça passe par là. Ma partie préférée c’est d’aller chez les éleveurs mongols choisir le poil de yack . Mais c’est une partie intéressante, complémentaire. Je suis passionné partout ce que je fais ! »



Alors une fois les matières, les couleurs, les formes décidées et validées, comment passe t’on de l’idée au résultat ? C’est à la fois très artisanal…et très technique : « j’ai la chance d’avoir dans l’équipe des gens clairvoyant, avec qui on se comprend facilement, on n’a pas besoin de beaucoup, des petits dessins suffisent, on se connait bien, on se devine. Et puis il y a nos machines dernières générations qui sont très intelligentes, avec une programmation très riche et très fine. »

C’est la patte Missegle, cette alliance de savoir-faire et de technologie.



La collection prête, elle n’attend plus que sa présentation aux clients. Et Myriam, qui a connu bon nombre de lancement de collections, est toujours aussi excitée : « la collection qui sort c’est un grand moment, l’aboutissement de 6 mois de travail , de paris. Cette année par exemple, il y a une matière en laquelle je crois beaucoup, c’est le seacell. C’est une cellulose extraite d’algues avec des procédés propres, c’est une fibre extrêmement agréable, qui a plein de qualités, c’est une fibre très belle, que nous avons mélangé avec du coton supima, et j’ai eu envie de cette fibre là. Elle n’est pas forcément une fibre d’hiver mais malgré tout…

Il y a aussi ce petit point dentelle sur jauge 15 que je trouve magnifique avec des fils fins, qui permettent d’avoir des ouvrages raffinés…le yack, à l’honneur avec deux nouveaux modèles en yack mohair, un en pur yack…j’attends avec impatience de voir comment ça va être perçu par notre clientèle… »



Une collection, c’est d’abord une idée un peu floue, des envies pas toujours bien définies…qui se précisent, qui s’emboîtent, qui fonctionnent, ou pas…C’est un carnet aux pages noircies, raturées, déchirées, c’est une nuit passée sur son ordinateur, puis une autre…C’est un doute, une certitude, une erreur, une discussion, une dispute, un compromis… C’est du travail, du plaisir, c’est du temps , de l’argent aussi…Et tout cela pour arriver à la seule chose qui a de l’importance : que les vêtements plaisent.

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