Doux et d'ici - L'histoire du Mohair en France

Parce que ça nous fait plaisir. Parce que nous aimons raconter des histoires. Parce qu’on a soif de partage. Parce que nous voulons vous faire découvrir l’envers du décor, nous vous emmenons en promenade au fil du temps, au fil de la laine, là ou le mohair français est né un jour de 1983.

Dans les années 80 pas de mohair français, pas la moindre chèvre angora dans l’hexagone.

Pourtant, le produit est beau. Il est reconnu pour sa brillance, son confort, mais les producteurs de mohair de l’époque sont forcés d’importer, parfois à prix d’or, du mohair de qualité.

C’est en 1983 qu’une poignée de passionnés, un peu éleveurs, un peu ingénieurs, un peu entrepreneurs, décident de lancer la filière du mohair en France.

C’est un défi, un pari, parce qu’à l’époque on ne peut même pas parler de filière sinistrée : il n’y a rien, pas d’élevage, pas de professionnels, pas de débouchés. Mais dans cette petite bande, quand on décide quelque chose, on veut que ça aille très vite. Alors en quelques semaines, les premières chèvres angoras débarquent en France, venues d’Amérique du nord.

Elles arrivent entres autre à la ferme Missegle de Myriam Joly, qui fait partie des pionniers du mohair. Les premiers temps ne sont pas évident, se souvient Claudia, une des figures du mohair français, installée sur le plateau du Larzac : « on découvrait l’élevage, toute la filière de production était à faire, puisque à l’époque nous n’avions que trois produits. Surtout, il fallait faire les circuits de commercialisation en direct, ce qui n’était pas une mince affaire. On a pris le temps, on a fait par moment du très beau travail d’analyse pour comprendre ce qu’on devait faire. Au cours des années 90, on a construit beaucoup de choses, un logo de qualité pour que les clients reconnaissent le mohair de nos fermes, et on a mis en place des façons de faire pour les commandes, les gestions de stock…on s’est retrouvés à une centaine d’éleveurs ! »

Les première années n’ont rien d’un compte de fée : le marché français est saturé par le mohair étranger, pas toujours de bonne qualité : « C’était très compliqué pendant une dizaine d’année. J’étais exploitante agricole, mais j’avais un autre boulot. La vente était très compliquée, on trouvait toute sorte de mohair sur le marché, dont du très mauvais. Donc une mauvaise image s’est construite, et puis on avait pas encore les bons produits, surtout des couvertures. Donc on a travaillé la communication autour du mohair. C’est en 1993 qu’on a trouvé les bons circuits de vente ! »

Il en faut plus pour décourager les éleveurs qui se battent au quotidien pour faire de leur mohair le meilleur du monde. Des efforts, des sacrifices pour, après des années de travail, créer le mohair français que l’on connait aujourd’hui. « On a fait un très gros travail sur la sélection des animaux explique Claudia. On a créé un mohair fin, qui na pas de fibres indésirables et qui est adapté à la transformation en produit que l’on veut (pulls, chaussettes…) »

Du mohair que l’atelier Missegle transforme depuis des années pour les producteurs. Quand Myriam est passée d’éleveuse à fabricante, beaucoup d’éleveurs se sont tournés vers elle.

La filière se structure, se développe, attire même. Les vêtements en mohair se popularisent, avec des réussites et des petits accrocs : « il y a eu une dérive au milieu des années 90. Comme ce sont des animaux très mignons, beaucoup de gens qui n’y connaissaient rien se sont lancés dans l’élevage. Mais il faut quand même des bases ! Ce qui fait qu’on a eu beaucoup de gens qui sont passés par le métier sans y rester se souvient Claudia.»

Aujourd’hui, la première génération d’éleveurs est au crépuscule de sa vie professionnelle. Place à la transmission aux nouvelles générations ! « On vous donne un outil qui fonctionne, faites en quelque chose qui vous va a vous, qui vous correspond ! Je suis confiante pour l’avenir, car on correspond à une envie des jeunes. On fait un élevage très doux, on est souvent dans des lieux magnifiques. On transmet quelque chose qui est viable, pour des jeunes qui vont le développer . »


Exemple avec un jeune éleveur et producteur : Ludovic. Il élève des brebis et des chèvres angoras et pour lui, c’est d’abord une affaire de passion. Il est assez confiant pour l’avenir de la filière : « c’est un chouette produit le mohair, il faut le mener au bout, je pense que sur des circuits touristiques ça peut très bien marcher. Certains producteurs préfèrent vendre à Paris et là ils auront un souci. Je pense que ceux qui ont développé le local vont mieux s’en sortir. »


Les producteurs regardent avec attendrissement les 37 dernières années. Ils se remémorent souvent les débuts de l’aventure, les tâtonnements, les doutes, les succès…

De 5 tonnes de mohair français produit dans les années 80, nous sommes passés à 15 tonnes aujourd’hui. Claudia ne regrette aucun sacrifice.

« C’est plus que de la fierté. Je suis très fière de ça, des efforts, du temps passé, et en même temps je suis très heureuse de ma vie. »


La production actuelle de mohair français est loin d’être assez importante pour répondre aux besoins de tous les fabricants. Mais elle veut prendre son temps pour se développer. Sa priorité demeure la qualité.

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