Jeudi 12 mars - Quelques jours avant le confinement - Nous produisons 50 masques par jour

L'épidémie de covid-19 se répand dans le pays. Je suis inquiète, pour ma santé et celle de nos proches. Inquiète pour l'équipe. Que devons nous faire ? Arrêter notre activité ? Mais de nombreux producteurs, des éleveurs, des petites entreprises, dépendent de nous ! Ils ont besoin de nos produits pour poursuivre eux-mêmes leur activité. Et que dire à nos clients ?
Depuis quelques jours déjà, les services de l'Etat m'ont sollicitée : « êtes-vous capables de fabriquer des masques barrières ? »
Très vite, j'ai réuni Gaëtan et Olivier, mes garçons. Ils sont d'accord avec moi : il est hors de question de laisser tomber ceux qui comptent sur nous.
Alors, nous prenons toutes les mesures de sécurité possibles à l’Atelier, pour permettre à nos salariés de poursuivre leur activité dans des conditions sanitaires très strictes. Nous commençons à fabriquer des masques et à réfléchir à leurs améliorations. Avec nous, deux entreprises tarnaises qui nous apportent une aide inestimable : Jersey Création et Ma Petite Mercerie. Christel Anglade-Moncéré, la fondatrice de cette belle société gaillacoise, est une amie. Elle est ma filleule de légion d'honneur. Je le répète à l'atelier : « c'est dans les moments difficiles qu'on voit qui sont nos amis. »

-

Samedi 14 mars - Le destin frappe à ma porte

Est-ce un signe ? Renald, un chef d’entreprise voisin, a lu dans le quotidien local que nous commencions à faire quelques masques. Il nous demande si, par hasard, nous ne serions pas capables de lui en fabriquer, pour que ses salariés puissent continuer à travailler en toute sécurité. Il en voudrait quelques milliers.
Des masques pour nos voisins ? Et pourquoi pas ? Je demande à Marie-Cécile de me préparer un prototype. Nous le faisons essayer à Renald : il est ravi. Je lance la production.

-

Lundi 16 mars - Nous produisons 500 masques par jour

Je viens d'être contactée par l'AFNOR, l'Agence Française des Normes. Ils souhaitent que l'atelier participe à la rédaction du cahier des charges pour élaborer une norme pour les masques alternatifs (la fameuse norme AFNOR SPEC, utilisée par tous ceux qui font aujourd'hui des masques !) En quelques jours, je participe à de nombreuses réunions en visioconférence avec des dizaines de professionnels, d'industriels, de scientifiques...C'est passionnant ! Je vais devenir une experte en masque barrière et en constitution de norme AFNOR !

Pendant ce temps, l'équipe s’attelle à la conception des masques barrières. Les demandes des professionnels, des institutions, sont déjà très importantes.
Les premiers masques sont livrés. Le résultat est très satisfaisant. Nous décidons alors de reverser une partie de la somme à la recherche. Le reste doit servir à payer les matières premières et nos salariés. Je ne veux pas simplement confectionner des masques, je veux que cela ait du sens !
En parallèle, nous avançons sur un prototype innovant : un masque en 3D, tricoté sans couture, et composé d'un alliage de coton et de seacell, une fibre composée de poudre d'algue. Une société japonaise nous aide. J'y crois énormément. Mar et Stéphane, avec l’aide de Pascal, de la société Shima Seiki, y travaillent non-stop.
Les jours passent, et les demandes de nos clients, qui ont appris que nous fabriquions quelques masques pour les professionnels, affluent. Les « carnets de bord » que Marie envoie régulièrement, et qui racontent la vie de notre entreprise, les ont mis au courant. Ils nous en demandent, pour eux, pour leur famille.
Nous nous devons d'être là pour eux. C'est l'ADN de Missegle : être là pour nos clients, répondre à leurs demandes. Lorsque notre prototype de masque 3D sans couture est achevé, nous prenons une décision lourde de conséquence : nous allons vendre des masques aux particuliers.

Vendredi 3 avril - Nous produisons 2000 masques par jour

Je suis soufflée ! En un week-end, c'est le raz de marée. Plus de 20 000 commandes entre samedi et dimanche. Et presque 10 000 supplémentaires le lendemain. Je n'avais pas prévu un tel succès. Dans nos stocks, quelques milliers de masques déjà fabriqués. Pas d'hésitation : il faut produire plus, et vite.
Nous réorganisons l'ensemble de notre chaîne de production. C'est un processus très lourd, car nous devons reprogrammer nos machines : 10 métiers à calibrer et à régler avec la plus extrême précision.
Au même moment, dans toute l'Europe, je découvre qu'une véritable course aux matières premières s'engage. Je n'ai jamais vu ça. Impossible de trouver de l'élastique en France. Le tissu devient une denrée rare. Mais comme toujours, nous nous adaptons et nous faisons preuve d'ingéniosité !

-

Mardi 7 avril - Les couturières solidaires !

Je lance un appel aux couturières proches de chez nous : aidez-nous ! Une soixantaine d’entre-elles sont mobilisées aujourd'hui et nous aident à préparer une partie des masques. C'est aussi cela, l’ADN de Missegle : participer au maintien du tissu économique local dans notre beau département du Tarn.
Nous décidons aussi de poursuivre notre engagement pour la recherche médicale sur la durée. Nous reversons désormais un euro par masque vendu à la recherche. Nous pouvons ainsi conjuguer notre devoir de solidarité avec les impératifs économiques d'une petite entreprise.
Nous avons à ce jour collecté grâce à vous près de 77 000 euros. Vous n'imaginez pas à quel point j'en suis fière.
Une autre de mes fiertés de ces semaines un peu folles : nous avons reçu les tests de la Direction Générale de l'Armement sur nos masques barrières 3D sans couture. Ils sont remarquables. Les filles ont fait un travail exceptionnel. Nous sommes classés en catégorie 1, la plus haute pour ce type de masque.

-

Dimanche 12 avril - Le voyage au Portugal

J'ai trouvé de l'élastique ! A force de téléphoner partout, de remuer ciel et terre, j'ai plusieurs centaines de mètres d'élastiques qui nous attendent au Portugal. Mais si je veux les avoir assez tôt pour continuer à produire des masques, il faut aller les chercher nous-mêmes ! Nous ne sommes pas une société de transporteurs pourtant ! Mais adaptation, toujours...C'est Paulo, un des membres de l’équipe, qui va faire le déplacement...un voyage de 5 jours s'annonce pour lui. Voyage plutôt épique !
Il part dimanche à 4h du matin. A 6h , je reçois un coup de fil : c'est Paulo qui approche de l'Espagne. Il y a des panneaux sur l’autoroute qui annoncent des fermetures des frontières ! Pourtant, il peut voyager, j'ai vérifié toute la réglementation ! Par acquis de conscience, je regarde une dernière fois : catastrophe ! Avec le lundi de pâques, le lendemain, les espagnols ont durci leur règle ! Il nous manque un papier.
Course contre la montre : je téléphone à mon neveu Valentin, qui habite à Pau., pour qu'il imprime le papier manquant. Paulo fait un crochet par chez lui et ouf ! C'est bon, il peut passer la frontière.
Mais ce voyage lui réserve d'autres surprises : le chargement promis n'est pas entièrement prêt, et il doit rester sur place une nuit supplémentaire ! A son retour à l'atelier, jeudi, avec l'élastique, toute l'équipe lui fait une haie d'honneur.

-

Mardi 14 avril - La production de masques continue

Cette semaine, nous lançons la production de masques en tissu double couche coton : ainsi, nous pourrons fournir des masques au plus grand nombre. Je réponds aux nombreux clients qui n'ont pas encore reçu leur commande. « Nous faisons le maximum ! », c'est ce que j'explique à tout le monde. Les couturières ne comptent pas leur temps, les machines fonctionnent 7/7...Mais les quantités à produire sont astronomiques ! Et la poste, qui limite ses tournées de distribution de colis, n’accélère pas le processus...
Les difficultés d'approvisionnement ne sont pas terminées : il me faut du fil. Un fournisseur de l'agglomération toulousaine peut m'en envoyer. Mais cela prendra des jours, et j'en ai besoin maintenant, pour ne pas ralentir la production !
Un chauffeur routier doit passer à l'atelier récupérer des masques pour son entreprise. Je l'appelle. Peut-il faire un crochet pour récupérer la marchandise ? Oui il est d'accord ! La production continue.

-

Jeudi 16 avril - Nous sommes en une de Gala

Si on m'avait dit ça le mois dernier, j'aurais éclaté de rire. Missegle, en couverture de Gala, à côté de la Reine d'Angleterre ! Marie m'a déposé un exemplaire du magazine à 7h sur mon bureau. C'est un très bel article. Je suis émue. A travers moi, c'est mon équipe qui est reconnue. J'ai une pensée pour cette équipe formidable, qui se démène depuis des semaines pour fabriquer et livrer les masques...Je repense à cet hiver, notre période d'activité la plus importante...nous devrions en ce moment être dans une période plus calme, où chacun peut souffler. Mais non, l'activité a redoublé. Et chaque membre de l'équipe tient son rôle avec courage !

-

Vendredi 17 avril - 80 000 euros pour la recherche et de plus en plus de couturières

La Dépêche du Midi parle de nous et raconte notre aventure avec les couturières solidaires. La matinée à peine entamée, nous recevons de nouvelles proposition d'aides !
Je décide aussi de renforcer l'atelier, en embauchant trois personnes en cdd.
Marie vient dans mon bureau pour m'annoncer que les sommes récoltées pour la recherche médicale dépassent nos espérances les plus folles : déjà 80 000 euros ! Et le compteur tourne toujours...Nous faisons une photo avec Olivier à côté du compteur, quelques instants pour souffler...avant de se remettre à la tâche.

Aujourd’hui nous produisons plus de 4000 masques par jour et demain nous en produirons plus encore !

Depuis plus d'un mois, notre engagement est complet. C'est ainsi, et pas autrement, que je conçois ce métier : être à vos côtés, dans les bons moments mais aussi dans les plus difficiles.
Nous vivons une période exceptionnelle, mais je suis persuadée que nous en sortirons plus grands. Ensemble.

Dimanche 19 avril - Le compteur solidaire s'envole !

Incroyable. Nous venons d'atteindre les 100 000 euros récoltés pour la recherche médicale. Ce qui avait débuté comme une envie d'apporter notre contribution se transforme en très beau succès de solidarité ! Je me demande jusqu'où nous sommes capables d'aller...

-

Lundi 20 avril - Les couturières solidaires sont incroyables

Je reste ébahie devant l'implication des couturières solidaires. Elles sont désormais une centaine à œuvrer, chacune à leur rythme, chacune selon leur possibilité, pour nous aider dans la confection de certaines parties des masques. Grâce à elles, ce sont plusieurs centaines de masques supplémentaires que nous arriverons à produire dans les prochains jours. Et au vu du nombre de plus en plus important de commandes, c'est d'une importance capitale !

-

Jeudi 23 avril - Vers les 150 000 euros récoltés pour la recherche !

Nous allons atteindre les 150 000 euros… & les 150 couturières solidaires, j’ai un peu le tournis.

Je vais prendre le temps de vous en écrire un peu plus très vite !

-

Vendredi 24 avril - Encore une fois, quelle semaine !

Les colis partent de l'atelier à un rythme soutenu. C'est un énorme défi logistique pour Olivier qui organise les expéditions. Avec Vincent, ils relèvent le challenge d'expédier en deux mois presque autant de colis que sur une année normale ! Ils font un travail exceptionnel et nous pouvons tous être fiers d'eux. Ils illustrent parfaitement l’adaptation et l'agilité dont nous avons besoin !

Nous avons du renfort. J'ai embauché 5 personnes en cdd qui nous aident à l'atelier. Leurs compétences vont être précieuses.

Car les commandes affluent toujours. Il y a eu tellement de connexions sur notre site internet que mercredi, il a fonctionné au ralenti pendant quelques heures ! Gaëtan a travaillé pour régler le problème jusqu'à tard dans la nuit.

Une bonne nouvelle : nous allons recevoir des élastiques. Ce sont les mêmes que précédemment, ils viennent du Portugal. Mais cette fois, pas besoin d'envoyer Paulo, ce sont les élastiques qui viennent à nous !

Pour conclure cette semaine agitée, je veux écrire ma joie d'aider mes voisins. Des maçons, des granitiers, il y a de plus en plus de petites entreprises a qui nous fournissons des masques. Ce sont nos amis, nos collègues, que nous croisons en ville toute l'année. Aujourd'hui, c'est nous qui répondons présent à leur appel. Demain, s'il le faut, ils seront aussi présents pour nous, je le sais.

-

Lundi 27 avril - Les couturières de l’Atelier travaillent sans relâche

Nos couturières solidaires nous amènent des centaines de masques ce matin. Elles font un travail fantastique.

Les couturières de l’Atelier ne sont évidemment pas en reste! Quand on parle de réorganisation et d’adaptation, Camille et Muriel en sont un bel exemple : elles sont spécialisées dans le remaillage de pulls...et bien elles ne font plus que des masques !

-

Mardi 28 avril - 160 000 euros récoltés pour la recherche !

Le compteur monte toujours. Nous sommes à plus de 160 000 euros récoltés pour la recherche médicale. Quand le tourbillon dans lequel nous nous trouvons depuis plus d’un mois se sera apaisé, je prendrai le temps de vous détailler ma réflexion sur les dons que nous allons effectuer : à qui, pourquoi, de quelle manière… J’estime qu’il est indispensable que les dons soient réalisés en toute transparence.

-

Mercredi 29 avril - Un logo pour les masques

J’apprends que l’Etat décide la création d’un logo pour les masques grands publics. C’est une bonne chose ! Mais nos masques ne pourront pas l’avoir tout de suite. Ce n’est pas une question de qualité, puisque nos masques respectent la norme AFNOR et que notre 3D barrière a été testé de manière très satisfaisante par la DGA. Mais nos masques, comme tous ceux qui sont réalisés désormais, doivent repasser une batterie de tests pour obtenir le droit d’arborer ce logo. Des tests que nous avons déjà passé…mais pendant ce temps, les dizaines de milliers de masques que nous avons fabriqués ne vont pas attendre !

-

Jeudi 30 avril – Solidaires mais pas bénévoles !

Nous avons enfin trouvé le statut qui nous permet de rémunérer nos couturières solidaires ! Après de nombreuses discussions avec la Chambre des métiers, il apparaît que c’est le statut d’auto-entrepreneur qui conviendra le mieux. La communauté de communes des Hautes terres d’Oc met à notre disposition Sonia , une spécialiste de ces questions ! Elle rencontre les couturières, pour tout leur expliquer et les aider à créer leur statut. J’apprends aujourd’hui que dans d’autres régions, des couturières se regroupent en collectif parce qu’elles refusent de continuer à faire des masques gratuitement. Elles ont raison ! Tout travail mérite salaire, et nous sommes bien placés pour savoir que le métier de couturière demande un réel savoir-faire !

-

Vendredi 1er mai – Férié mais pas chômé !

Aujourd’hui, c’est férié ! Un peu de repos mérité pour une partie de l’équipe. Mais une partie seulement ! Les autres restent mobilisés. Il faut continuer à fabriquer les masques. Un jour férié particulier pour moi, puisque il est difficile de penser à autre chose qu’au travail… Avec Olivier et Gaëtan, nous réfléchissons au lendemain. Il y a tant à faire… et les journées sont bien courtes !

Lundi 4 mai - Nouvelle semaine, tous sur le pont !

Notre aventure suscite de l'intérêt. Je crois que les gens apprécient les jolies histoires humaines. La notre en est une !Je jongle un peu entre l'Atelier et les sollicitations médiatiques. Mais je ne vais pas m'en plaindre, c'est agréable que l'on parle de nous ! Et surtout, cela permet de mettre en avant notre action solidaire et toute l'équipe.

-

Mardi 5 mai - Les masques, une aventure qui va durer

Plus j'y pense et plus j'envisage d'investir dans de nouveaux équipements pour l'atelier. Je pense qu'à l'avenir, les masques barrières deviendront un véritable accessoire de mode. Même à l'issue de cette crise, nous continuerons à en fabriquer, c'est certain. Ce sera une nouvelle corde à notre arc ! Une grande satisfaction pour moi : nous avons pu commander du tissu spécialement imprimé pour nous, avec le design que nous souhaitions. Ce mardi, nous prenons, avec les garçons, une décision : nous proposons de nouveau à nos clients nos masques 3D ! J'estime que la masse des commandes du début du mois d'avril a été bien absorbée. L'organisation de la production est parfaitement huilée !

-

Mercredi 6 mai - Un passage sur M6 !

Un passage à la radio France Bleu en début de semaine, et ce midi, Missegle est dans le journal de M6 ! J'ai pu présenter notre modèle de masque barrière 3D sans couture. L'effet a été immédiat : quelques instants après la diffusion du reportage, notre site internet a été pris d'assaut ! Il ne l'a d'ailleurs pas très bien supporté, mais Gaëtan a tout remis en ordre en quelques heures. Cette journée est un jour à marquer d'une pierre blanche : nous avons officialisé une partie des dons que nous allons faire en faveur de la médecine ! Je voulais vraiment qu'une partie des sommes récoltées aille à notre territoire : nous finançons donc les deux machines PCR qui vont permettre l'hôpital de Castres et à celui d'Albi de tester les patients suspectés d'avoir le covid-19 ! On parle de 120 000 euros. « C'est extraordinaire, inespéré ! » m'a glissé un directeur d'hôpital.Je suis heureuse que notre action puisse faciliter quelque peu le travail du personnel soignant et avoir un impact concret. Je crois que c’est une belle définition de la solidarité.

-

Jeudi 7 mai – Un instant pour des remerciements

J'ai envoyé hier soir un courriel à toute l'équipe et à nos couturières solidaires pour faire le point sur les derniers jours. Marie et Cyrille ont glissé dedans une petite vidéo préparée en secret : plusieurs personnalités que nous adorons ont pris le temps de nous saluer et de nous remercier ! Il y a des sportifs, des chanteurs...Tout le monde a été touché ! Moi la première, cela m’a permis de m’arrêter un instant pour me rendre compte de ce nous en sommes en train de réaliser.

-

Lundi 11 mai - Réouverture de notre boutique !

Une belle nouvelle : nous ouvrons à nouveau notre boutique ce matin ! Le symbole est beau et me réchauffe le cœur. La boutique de l’Atelier, c’est notre lien privilégié avec nos clients tarnais, l’endroit où ils peuvent venir nous voir et discuter. Bien sûr, nous avons pris toutes les précautions : gel hydroalcoolique à disposition, port du masque, limitation du nombre de personnes à l’intérieur de la boutique…Ce n’est pas la bousculade, mais les clients viennent tout de même nous rendre visite.

-

Mardi 12 mai - Faire bénéficier de notre expérience

Décidément, les surprises s’enchainent ces temps-ci ! Nous avons été sollicités par le gouvernement pour témoigner dans une vidéo à propos de notre « reconversion » dans la fabrication de masques. Comme de nombreuses entreprises françaises, nous avons du nous adapter et nous réorganiser. Notre expérience pourra peut-être servir à d’autres !

-

Jeudi 14 mai - Aller-retour en Corse !

Je pars en Corse aujourd’hui ! Mais je n’y vais pas pour des vacances…Depuis 10 ans, j’organise chaque année, dans la région d’Ajaccio, la tonte des brebis. Ces bêtes ont besoin d’être tondues une fois par an, pour leur santé. Avant, toute la laine récoltée était brûlée…Je trouvais que c’était un véritable gâchis…Et je n’aime pas gâcher ! Alors, avec une équipe de tondeurs, nous nous rendons une fois par an sur place pour tondre 5000 brebis. La laine est ensuite traitée sur l’île voisine, la Sardaigne, et quelques semaines plus tard, nous l’utilisons à l’Atelier pour fabriquer des tapis ou des matelas. En général, je reste sur place une dizaine de jours. Mais avec les masques à fabriquer, je n’y serais que 2 jours. J’en profiterai plus l’année prochaine !

-

Mercredi 20 mai - Le retard

Il faut se rendre à l’évidence : nous sommes en retard sur le plan de marche. Malgré l’ensemble de l’atelier qui tourne à plein régime pour la fabrication des masques, nous accusons un retard d’une à deux semaines sur ce que j’avais prévu. Depuis le déconfinement, nous sommes ralentis : les 150 couturières qui nous aidaient ont repris, pour la plupart, leur travail habituel. Et même si j’ai embauché 7 personnes, nous devons encore augmenter la cadence.

C’est la mort dans l’âme que je décide d’écrire à 7000 clients, pour leur annoncer que leur commande en cours sera en retard par rapport au délai annoncé. C’est difficile pour moi, car Missègle, c’est une exigence de qualité, mais aussi une exigence de rigueur sur la tenue des délais.

De nombreux clients répondent à mon mail. Certains sont contraints d’annuler leur commande, ce que je comprends. Mais beaucoup m’écrivent de ne pas m’inquiéter et m’expliquent qu’ils sont conscients de ce qui se joue. Ca me fait chaud au cœur. Vous êtes formidables !

-

Lundi 25 mai - aucun répit

Je cours. Comme depuis le mois de mars, je cours, les couturières courent, même dans les bureaux nous courrons ! Nous n’arrêtons pas une minute, et je suis épatée par l’investissement de chacun des membres de l’équipe. Epatée mais pas surprise !

Nous confectionnons, tricotons, cousons, nous conditionnons, tout en répondant au téléphone et aux emails…Je crois que nous illustrons parfaitement l’expression « être à 110% » !

-

Mardi 26 mai - Nos grands travaux reprennent !

J’aurais presque oublié de vous en parler…Les travaux d’agrandissement ont repris ! Ils étaient arrêtés depuis le début du confinement, mais le chantier vient de recommencer. C’est une extension de nos bâtiments de 1500 mètres carrés. Nous y installerons des bureaux, un réfectoire plus grand, mais aussi des espaces de stockage. Ce nouveau local a été créé en lien avec une designer à partir d’un impératif sur lequel je ne voulais pas transiger : l’impact environnemental. Ce bâtiment sera à la pointe en matière de normes écologiques !

D’ici quelques mois, toute l’équipe aura plus d’espace et plus de confort ! Et pour mon petit atelier, ce sera le début d’un nouveau chapitre.

-

Mercredi 27 mai - Penser à l’avenir

En plus de la fabrication des masques, nous devons finaliser les nouvelles collections. Je ne veux pas que nous prenions trop de retard et que les prochains mois soient eux aussi surchargés !

Nous lancerons une nouvelle gamme de chaussette, que je trouve vraiment magnifique et qui ont un lien très fort avec mon cher département tarnais…mais je ne vous en dis pas plus !

-

Jeudi 28 mai – nos éleveurs aussi comptent sur nous

En même temps que les masques, nous devons impérativement fabriquer les articles des petits éleveurs. Ils sont nombreux à compter sur nous pour tricoter leurs chaussettes avec la laine qu’ils nous envoient. Nous sommes obligés de le faire, sinon, dans quelques mois, ils se retrouveront sans rien ! Même dans cette période un peu folle, je refuse de laisser nos partenaires historiques le bec dans l’eau. Cela nous rajoutera un peu de travail et d’organisation, mais je sais que nous allons y arriver.

-

Vendredi 29 mai – les machines PCR sont là !

Enfin ! Les machines PCR sont arrivées dans les deux hôpitaux du Tarn, une à Albi et l’autre à Castres. Elles vont permettre de tester les patients susceptibles d’être atteints du Covid-19. Pour moi, elles sont le symbole de ce que nous avons réalisé jusqu’à présent !

Lundi 1er juin – Sur tous les fronts

La fabrication des masques se poursuit…mais le travail sur la nouvelle collection aussi !Il faut rattraper le retard que nous avons accumuléavec la fabrication des masques : finaliser les modèles, préparer le catalogue…J’ai même commencé à imaginer les collections suivantes ! Toujours avoir un coup d’avance, un projet en cours, car qui n’avance pas recule ! La collection à venir me plait beaucoup, il me tarde de la proposer à mes clients.

-

Vendredi 5 juin – Une nouvelle histoire va commencer

Le nouveau bâtiment avance bien. Les ouvriers font un super boulot ! Je suis vraiment heureuse, et très enthousiaste, car c’est un moment charnière dans l’histoire de Missègle qui se joue. Mes journées sont rythmées par le bruit des travaux, et je ne peux pas m’empêcher d’aller jeter un coup d’œil!

Le mois prochain, Matali Crasset, qui a imaginé l’aménagement du bâtiment, viendra nous rendre visite pour ajuster les derniers détails. Je veux que ce bâtiment nous ressemble et ressemble à l’entreprise que je bâtis de mes mains depuis plus de 30 ans.

-

Mercredi 17 juin - Le partage des expériences

Aujourd’hui, je réponds aux questions d’un journaliste du magasine Grisette. C’est l’occasion de partager mon experience d’entrepreneur et mon attachement à ma region. Pour cet entretien vidéo, je suis installée sur un fauteuil recouvert d’un de nos jolis plaids. Il y a un côté « Majesté sur son trône » qui fait sourire mes collaborateurs…qui en profitent pour se moquer (gentiment) de moi !

-

Vendredi 19 juin – Des chaussettes Dom Robert !

Nous lançons une nouvelle gamme de chaussettes ! Les chaussettes « Dom Robert », qui sont directement inspirées des œuvres de cet artiste, grande figure tarnaise du 20ème siècle. En lien avec le musée Dom Robert, qui est à quelques kilomètres de l’atelier, nous avons reproduit des œuvres de cet artiste très attaché à la nature, comme nous. J’espère qu’elles plairont à nos clients !

-

Lundi 22 juin – Missègle à l’Elysée

Je viens d’être contactée par l’Elysée, rien que ça ! Je suis invité à la garden party du 14 juillet, au côté de quelques milliers d’autres personnes. Je ne peux pas dire que j’apprécie les mondanités en général…mais une invitation à l’Elysée, ça ne se refuse pas !

La folle aventure de nos masques solidaires touche à sa fin. Nous continuerons à en fabriquer et à en expédier, mais aujourd’hui, j’ai envie de clore ce journal de bord avant d’en ouvrir un nouveau.

Nous venons de vivre une période un peu folle, éprouvante, mentalement et physiquement. Depuis début avril, toute l’équipe s’est mobilisée comme rarement, à tous les niveaux.
De ces moments, je veux désormais garder le meilleur : l’entraide et l’implication de chacun à Missègle, et surtout l’élan de solidarité qui s’est créé. De ces temps difficiles, de jolies étincelles ont jailli. Nous devons les entretenir précieusement.

Je vous propose de suivre mon journal de bord « déconfiné » ici.

A très vite !

Myriam

Information